Ingrid Betancourt devrait rentrer en France dès aujourd'hui
C'est la fin d'une interminable attente. Mercredi soir, peu après 21 heures, la Colombie a annoncé la libération par l'armée de la Franco-Colombienne Ingrid Betancourt, des trois otages américains, et de onze militaires ou policiers, tous détenus depuis plusieurs années par les Farc. L'Élysée a confirmé l'information quelques minutes plus tard. Les captifs ont été libérés au terme d'une rocambolesque opération dénommée "Jaque", signifiant "échec".Selon l'agence de presse AP, Ingrid Betancourt aurait annoncé qu'elle se rendrait en France dès aujourd'hui jeudi pour rencontrer le président Nicolas Sarkozy. La Franco-Colombienne aurait précisé qu'elle repartirait pour la France aussitôt après avoir retrouvé ses enfants en Colombie. Ces derniers se sont envolés pour Bogota à 2 heures du matin (heure française), avec le chef de la diplomatie française Bernard Kouchner.
À 21 heures (en France), le ministre de la Défense Juan Manuel Santos a lui-même annoncé la libération des otages.
Juan Manuel Santos a déclaré que tous les anciens otages étaient relativement en bonne santé après des années de détention dans la jungle. "Les otages ont été libérés lors d'une opération de l'armée au cours de laquelle il a été possible d'infiltrer le premier cercle des Farc, celui qui a surveillé pendant les dernières années un important groupe d'otages", a expliqué M. Santos. Les otages se trouvaient à 70 kilomètres de la ville de San José del Guaviare, capitale de ce département du centre de la Colombie.
Comme les otages séquestrés étaient divisés en trois groupes, l'armée, invoquant grâce à ses agents infiltrés parmi les geôliers guérilleros un faux ordre d'Alfonso Cano, nouveau chef des Farc, a obtenu que les otages soient regroupés "soi-disant toujours sur ordre de Cano" par leurs gardiens dans un lieu du sud du pays, selon le ministre. "Puis un hélicoptère qui, en réalité, appartenait à l'armée nationale et avait à son bord des membres des services secrets, a libéré les otages dans le lieu de regroupement", a précisé M. Santos. "César", chef des geôliers rebelles, et ses guérilleros ont alors été immédiatement "neutralisés". Les ex-otages ont rejoint l'aéroport de San José del Guaviare, et sont montés à bord d'un appareil de l'armée de l'air colombienne.
En France, les députés qui siégeaient au même moment pour débattre du projet de loi sur la représentativité syndicale et les 35 heures ont applaudi à l'unanimité la libération des otages. Les orateurs de chacun des groupes politiques de l'Assemblée nationale, l'UMP, le Nouveau Centre, le PS et le GDR (Verts et communistes) ont pris la parole, à tour de rôle pour se réjouir de la libération de Mme Betancourt qu'ils ont applaudie. Ils ont également demandé de "ne pas oublier les otages" restant toujours aux mains de la guérilla colombienne.
Vers 23 heures (en France), Nicolas Sarkozy s'exprime depuis l'Élysée. Auparavant, le chef de l'État s'est "entretenu longuement avec le président [colombien] Uribe". Le président George W. Bush a également appelé mercredi son homologue colombien Alvaro Uribe pour le féliciter et le remercier, a annoncé la Maison-Blanche.
Lire la déclaration intégrale de Nicolas Sarkozy
Peu après minuit (en France), l'avion transportant les ex-otages se pose à l'aéroport militaire de Bogota. Ingrid Betancourt retrouve sa mère, Yolanda Puelcio, et s'exprime devant la presse.
En espagnol, Ingrid Betancourt raconte longuement les détails de sa libération. "Nous étions levés depuis cinq heures du matin, a-t-elle indiqué. Ils [les geôliers des Farc] nous avaient demandé de ranger nos affaires et ils nous ont fait attendre toute la matinée en nous disant qu'ils ignoraient ce qui allait se passer [...]. Quand les deux hélicoptères blancs sont arrivés, je dois confesser que j'ai ressenti quelque chose d'étrange parce que, normalement, lorsque nous entendions les hélicoptères arriver, nous sortions en courant pour nous cacher [...]. Nous sommes montés à bord avec beaucoup de difficulté, car ils nous avaient lié les mains, ce qui était humiliant, puis après être montés, ils nous ont attaché les pieds [...]. Ils ont alors fermé les portes de l'hélicoptère, et tout à coup, j'ai vu le commandant [des Farc] nu au sol. Après avoir neutralisé les deux commandants Farc qui étaient montés avec nous dans l'hélicoptère, le chef de l'opération a crié : Nous sommes l'armée nationale, vous êtes libres. À ce moment, nous avons ri, sauté de joie, je pensais que c'était un miracle [...]. L'opération militaire de l'armée de mon pays a été parfaite."
Lire en intégralité : Ingrid Betancourt raconte les conditions "surréalistes" de sa libération
Avant de quitter le tarmac de l'aéroport, l'ex-otage a tenu à s'adresser à la France, en français.
Quelques instants plus tard, le président colombien Alvaro Uribe a pris la parole, à Bogota, en présence des ex-otages libérés.
"Messieurs les commandants, toutes mes félicitations, mille mercis à vous, aux soldats et aux policiers de la patrie [...]. Nous sommes très contents [...]. Aujourd'hui, les Forces armées de Colombie, l'armée de la patrie, nos soldats et policiers entrent dans l'Histoire des héros de l'humanité [...] Qu'il est bon d'annoncer cette nouvelle au monde [...] ! Pendant toutes ces années, je n'ai pas oublié une seconde Ingrid Betancourt [...]. Cela a été une opération de persévérance [...]. Tout a été minutieusement préparé [...]. Nous n'avons pas tiré contre les guérilleros pour plusieurs raisons. Nous sommes intéressés dans la libération d'otages, pas dans un bain de sang. Là-bas, d'autres otages restent entre leurs mains [...]. Je m'engage auprès des familles des otages qui se trouvent encore séquestrés, nous ne les oublierons pas."
À 2 heures du matin (en France), le chef de la diplomatie française Bernard Kouchner et des membres de la famille d'Ingrid Betancourt décollent de l'aéroport militaire de Villacoublay, près de Paris, pour rejoindre la Colombie. La délégation a quitté la France à bord d'un Airbus A319 de la République française. Selon une source à la présidence française, Mme Betancourt, une Franco-Colombienne, reviendrait "vraisemblablement" avec cette délégation, après plus de six ans aux mains de la guérilla marxiste des Farc. Les enfants de Mme Betancourt, Mélanie et Lorenzo Delloye, son ex-mari Fabrice Delloye, ainsi que la soeur de l'ex-otage, Astrid, et ses deux enfants ont pris place à bord de l'Airbus. Des diplomates et plusieurs médecins se trouvent dans la délégation forte d'une trentaine de personnes.
La liste des 15 otages libérés mercredi par l'armée colombienne :
Thomas Howes Keith Stansell Marc Gonsalves Juan Carlos Bermeo Raimundo Malagón Erasmo Romero José Ricardo Marulanda William Pérez José Miguel Arteaga Armando Flórez Vaney Rodríguez Jairo Durán Julio Buitrago Armando Castellanos
LA SOURCE DE L'ARTCILE : lepoint.fr
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